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  • Johanna

2 mois en Espagne : mon premier bilan zéro déchet.

Un déménagement est un grand chamboulement en soi et lorsqu’il se fait dans un autre pays, c’est encore plus marquant. Alors comment garder ses bonnes habitudes zéro déchet lorsque l'on déménage ? Est-ce possible partout et y a-t-il des astuces ?

J’avais envie de vous faire un petit bilan de mes habitudes zéro déchet après 2 mois passés à vivre en Espagne. En quittant Nantes, j’avais un peu peur de ne pas pouvoir continuer à m’épanouir du côté du zéro déchet. J'appréhendais de ne pas retrouver mes valeurs au quotidien, des valeurs qui sont devenues essentielles à mon bien-être : le zéro déchet et le bio pour ne citer que celles-là. Et au bout de 2 mois de vie ici, j’avoue qu’elles ont été un peu mises à mal.

Je veux du bio oui, mais du bio vraiment engagé ! Qui paye chaque acteur de la chaîne d'approvisionnement et qui redonne du lien social...

L'évolution des moeurs et des habitudes de vie et de consommation ne sont pas les mêmes dans tous les pays d'Europe. Et même si je m'étais renseignée avant de partir, l’accès au vrac reste encore compliqué ici en Catalogne. Les magasins vrac sont encore rares et réellement destinés à une élite. Et même si la tendance se développe, les prix sont souvent inabordables pour un revenu moyen. (voir complètement indécents.)

Quant au bio, c’est aussi compliqué. Les Halles locales ne proposent pas de bio et j’ai parfois l’impression que l’un des seuls accès facile et abordable pour trouver du bio reste les grandes surfaces de type Carrefour ou Liddl. Moi qui ne vais plus dans les grandes surfaces depuis longtemps, cette option n'est pas envisageable. Je veux du bio oui, mais du bio vraiment engagé ! Qui paye chaque acteur de la chaîne d'approvisionnement et qui redonne du lien social en favorisant les producteurs/agriculteurs/commerces de proximités.


J’ai alors souvent un lourd dilemme qui s’offre moi : acheter du bio sous plastique OU du vrac mais pas bio ? Mon coeur balance et c’est toujours un sentiment d’insatisfaction quand je ressors du magasin.

Avant mon déménagement, je n’étais pas encore au 100% vrac, mais je tenais vraiment le bon bout. Mes fruits et légumes venaient principalement du marché ou de la Biocoop. J’arrivais même à trouver mon yaourt, mon beurre et mon café en vrac au marché du quartier. Et surtout, je sentais l’effervescence de l'univers du vrac évoluer à toute vitesse autour de moi et les épiceries naître aux quatre coins de ma ville.


Mais ici, il a fallu tout recommencer. Commencer par chercher les magasins bio/vrac/zéro déchet de la ville, comparer les prix, tester la faisabilité au quotidien de se fournir dans tel ou tel magasin (car sans voiture, ça complique tout de suite un petit plus les choses!), tester les produits, leur qualité… Enfin bref, il a fallu tout reprendre depuis le début. C'était comme une impression de revenir en arrière et de balayer des années d'effort et de combat engagé.

Aujourd’hui, après 2 mois de vie sur place, je n’ai pas encore trouvé mon équilibre et je trouve vraiment l’accès au zéro déchet compliqué ici. Je sens que la culture est différente et que le rapport aux déchets n’est pas le même qu’en France. La notion de marque est aussi très grande. On achète des marques et non des produits et la quantité l’emporte souvent sur la qualité. Pour quelqu’un qui souhaite se rapprocher d’une vie plus simple et minimaliste, je ne vous raconte pas le casse-tête au quotidien. ^^

Je continue de chercher, de comparer, de tester. Et ça a aussi du bon ! Je découvre de nouveaux produits, je me concentre sur l'essentiel et j'évolue par étape.

Alors que faire ? Dans un premier temps, j’essaye d’être bienveillante à mon égard en me disant que tout prend du temps et qu’au bout d’un moment, j’arriverais bien à trouver des solutions et mon équilibre dans ce nouveau quotidien. Alors j’essaye de ne pas trop regarder du côté de la poubelle pour ne pas me flageller chaque jour et je me rassure en me disant que cela ne va pas durer, que c’est seulement pour un temps. Mais j’avoue qu’il y a des jour où c’est plus difficile que d’autres à accepter.


Je continue de chercher, de comparer, de tester. Et ça a aussi du bon ! Je découvre de nouveaux produits, je me concentre sur l'essentiel et j'évolue par étape. Je me suis rendu compte que ma priorité avant tout était de consommer une nourriture saine et donc de favoriser le bio ! Et pour ça, j'ai trouvé mon supermarché local. Je me fournis principalement chez Veritas, l'équivalent espagnol de la Biocoop. Les prix sont raisonnables, et même si le choix reste plus limité qu'en France, j'y trouve de tout. Du frais, des légumes, des fruits, des produits laitiers (même du beurre salé !), des aliments secs, des produits d'hygiène, et aussi du vin ! Il y a un peu de vrac (essentiellement pour les aliments secs), et je pense tester prochainement les paquets de 5kg pour limiter mes déchets plastiques. J'ai également découvert récemment La Rural, une ferme locale bio qui favorise le kilomètre 0 et qui a ouvert sa propre épicerie de quartier. C'est devenu notre rituel du dimanche : balade et achat responsable.

Pour les produits d'entretien type bicarbonate, vinaigre blanc, lessive, etc je me fournis chez BioPompas, une épicerie spécialisée qui ne fait que du vrac ! Une super découverte qui me rassure sur l'intérêt qu'on les Espagnols au zéro déchet et au vrac.

Puis, je me lance sur d'autres défis zéro déchet, sur lequels je n'avais pas encore trouvé le temps ou l'énergie de travailler. J'essaye de compenser mon déséquilibre d'un côté, en y apportant de nouvelles habitudes de l'autre. Je récupère l'eau de ma douche pour arroser mes plantes, chose que je ne faisais pas avant. J'ai enfin trouvé le courage d'utiliser des mouchoirs lavables. Une chose à laquelle je n'arrivais vraiment pas à me lancer avant malgré le fait que je les avait déjà achetés ! Allez savoir pourquoi, j'avais vraiment du mal à intégrer ça à mon quotidien. Et je commence à repérer des marques de culottes menstruelles. Ce qui représenterait un grand pas en avant dans ma démarche vers le zéro déchet.


Finalement, je pense que le plus dur a sûrement été de dire au revoir à ce que je connaissais déjà, pour accueillir ce qui m'attend ici. La nourriture relève tellement de l'intime et du bien-être que j'ai parfois l'impression d'avoir dit au revoir à un.e ami.e. (à mes producteurs, à mes vendeurs de marché, à la richesse de notre terroir…). J'ai aussi pris le temps de réaliser que le ZD fait maintenant partie intégrante de ma personnalité et de mes habitudes. L'automatisme est encré et c'est ce que je retiens de plus important. Le ZD te permet d'ouvrir les yeux pour mieux comprendre ton environnement et te donne les clés pour agir un petit peu chaque jour. Et si je regarde bien, je crois que finalement, je ne suis pas si loin de mon équilibre.